
« Ceux qui vivent sont ceux qui luttent » – Victor Hugo
11 novembre — Mémoire et Fraternité
Aujourd’hui, je m’incline.
Devant nos poilus, nos gueules cassées.
Devant celles et ceux qui ont connu l’horreur, le fracas, la boue, la peur, la perte.
Devant tous les morts pour la France, comme le rappelle la loi du 28 février 2012.
Je pense à mon frère d’armes, Fabrice, tombé en Ex-Yougoslavie.
Nous étions au 32e Régiment d’Artillerie.
Nous avons tenu nos positions, vécu l’enfer, vu le barrage de la Neretva exploser pour nous engloutir.
Nous avons été sauvés in extremis par les pilotes de l’ALAT
Mais lui n’est jamais rentré, mort sur le Mont Igman.
Je connais le fracas des bombes.
Je connais les nuits illuminées par le feu.
Je connais les paysages sans oiseaux, les villes sans vie.
Je connais Sniper Avenue, Sarajevo, les fantômes qui marchent pour ne pas mourir.
Je connais la sonnerie aux morts qui glace le sang.
Je pense à mes frères d’armes portés par six, drapés de notre drapeau.
Je pense à Raphaël, à Saint-Martin.
À Frédéric, à Nevers.
À vous tous.
Ce matin, à Servian, j’ai vu l’espoir.
Un petit garçon portait fièrement notre drapeau, encadré par ceux qui ont servi.
La relève est là. La mémoire vivra.
Je n’ai pas déposé de gerbe.
Je l’ai fait quand mon statut me le permettait.
Je ne confonds pas engagement communal et devoir de mémoire.
Je ne prends pas la pose.
Je respecte. Je ne suis pas légitime.
Le dépôt d’une gerbe est un acte symbolique. Il ne se souille pas.
Servian Nouvelle Ère


